Ni shi na ge guo jia ?

Hiver comme été, ma coutière retouche et répare au bord du trottoir dans le labyrinthe du marché. Pour la retrouver, il faut passer quelques micro-boutiques : biscuit, canard rôti, marchande de riz, cigarettes et fruits. Derrière sa machine à pédale, elle attend ses clients. Un cordonnier assis sur un tabouret de bois travaille à côté d’elle. Gardiens, passants et clients lui tiennent compagnie. Eux aussi assis sur de minuscules tabourets, bavardent nonchalamment avec elle.

 

Je viens parfois profiter de ses talents à prix riquiqui. Par exemple, changer une fermeture éclair, en un tour de main ! Je pointe les petites retouches à faire en baragouinant quelques mots de mandarin. « Ah ! s’exclame quelqu’un, le vieil étranger parle la langue du milieu ». Les Chinois appellent leur pays « Zhongguo » = l’Empire du Milieu  et surnomment les blancs depuis près d’un siècle : « Laowai » = le vieil étranger.

 

Occupée, ma couturière lui répond vaguement, me rend mes vêtements, se retire dans ses chiffons et ses cartons, discute avec une autre cliente, me donne son prix et conclut par LA question, inévitable : « Ni shi na ge guo jia ? » Tu es de quel pays ?

 

Un peu plus loin, une marchande de fruit, son étalage sur un tricycle, vend encore quelques fraises tardives. Elle m’annonce le prix de la barquette et me désigne « son caissier », un monsieur assis par terre occupé à éplucher des ananas. En me rendant la monnaie, il me dévisage et m’interroge très sérieusement… : « Ni shi na ge guo jia ? ».

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